ACHAT-VENTE · CONSTRUCTION SUR PLAN
Acheter sur plan en Espagne : cautions, délais et garanties de votre argent
Par Moisés Vicens i Francés30 juin 20269 min de lecture
Si vous achetez un logement sur plan en Espagne, vous versez de l'argent avant même que la maison n'existe. La loi oblige le promoteur à garantir ou assurer chaque euro que vous avancez, plus les impôts et les intérêts. Je vous explique comment fonctionne cette garantie, ce qui se passe si le chantier prend du retard ou n'est jamais livré, et pourquoi la banque peut, elle aussi, être responsable.
Acheter sur plan (comprar sobre plano) relève un peu de l'acte de foi. Vous signez un contrat, vous commencez à payer, et la maison n'existe pas encore : c'est un projet, une maquette, de jolis plans. Vous versez un acompte, puis des paiements échelonnés pendant des mois, en faisant confiance qu'on vous remettra dans un an ou deux les clés de ce qui n'est aujourd'hui qu'un terrain. C'est une opération légitime et très courante sur la Costa Blanca, mais il convient de bien comprendre où se situe le risque.
Et le risque est clair : qu'advient-il de votre argent si le promoteur fait faillite, si le chantier s'arrête à mi-chemin, ou si le logement n'est jamais livré ? La bonne nouvelle, c'est que la loi espagnole ne vous laisse pas seul face à ce risque. Elle oblige le promoteur à garantir chaque euro que vous lui avancez. Je vous explique comment, sans jargon.
Ce qu'est acheter sur plan et où se situe le risque
Acheter sur plan signifie acheter un logement encore en construction, ou dont la construction n'a même pas commencé. Vous payez le prix de façon échelonnée : un montant à la signature, puis des versements à mesure que le chantier avance, jusqu'à la signature de l'acte notarié, lorsque la maison est terminée et vous est remise.
Le problème est une question de temps et de confiance. Pendant des mois, vous versez de l'argent sans avoir la maison. Si, durant cet intervalle, le promoteur rencontre des difficultés — insolvabilité, chantier bloqué, projet qui ne démarre jamais —, vous vous retrouvez dans une situation délicate : vous avez payé, vous n'avez pas de logement, et vous voulez récupérer votre argent. C'est précisément pour combler ce vide qu'existe le système de garanties que nous allons examiner.
La loi qui vous protège AUJOURD'HUI (et ce n'est pas celle qu'on cite habituellement)
Ici, je dois clarifier un point important, car beaucoup d'informations obsolètes circulent. Pendant près de cinquante ans, la norme phare de protection de l'acheteur sur plan a été la fameuse Ley 57/1968. Vous la verrez citée sur d'innombrables sites, forums, et même dans des écrits de professionnels. Or, cette loi est abrogée depuis le 1er janvier 2016.
Ce qui s'applique AUJOURD'HUI, c'est la Première Disposition Additionnelle de la Ley 38/1999 sur l'Aménagement de la Construction (la LOE), dans la rédaction donnée par la Ley 20/2015. L'idée de fond est très proche de celle de l'ancienne loi — protéger votre argent —, mais le texte applicable à tout contrat signé à partir de 2016 est celui-ci, et non le précédent.
Pourquoi vous le précise-je ? Pour deux raisons pratiques. Premièrement : si quelqu'un vous montre une caution ou un contrat qui s'appuie uniquement sur la Ley 57/1968 et que votre achat est postérieur à 2016, il y a quelque chose à vérifier. Deuxièmement : la Ley 57/1968 reste pertinente, mais seulement pour les contrats antérieurs à 2016 ; pour ceux-là, c'est bien la norme applicable. Pour tout le reste, c'est la LOE qui prévaut.
Les deux obligations que la loi impose au promoteur
Le système repose sur deux devoirs que le promoteur doit impérativement respecter dès lors qu'il perçoit des sommes par anticipation. Ils ne sont pas facultatifs : ce sont la colonne vertébrale de votre protection.
1. Garantir ou assurer votre argent
Dès qu'il obtient le permis de construire, le promoteur est tenu de garantir la restitution des sommes que vous lui versez, au cas où la construction ne commencerait pas ou n'arriverait pas à bonne fin dans le délai de livraison convenu. Et cette garantie ne peut prendre que deux formes : une assurance caution (seguro de caución, couverte par un assureur) ou une caution bancaire solidaire (aval solidario, couverte par une banque). Je vous détaille plus bas les différences entre les deux.
La conséquence pour vous est directe : à la signature du contrat, vous devez recevoir le document de cette caution ou assurance. C'est votre filet de sécurité. Si on ne vous le remet pas, c'est déjà un signal d'alarme de premier ordre.
2. Verser votre argent sur un compte spécial
La seconde obligation est que vos versements à valoir doivent être déposés sur un compte spécial, distinct du reste des fonds du promoteur, et qui ne peut servir qu'à payer la construction des logements. Ce n'est pas le compte courant de l'entreprise : c'est un compte cloisonné, réservé à cette finalité.
Et voici un détail clé : pour ouvrir ce compte, la loi oblige la banque à exiger, sous sa propre responsabilité, que la garantie (la caution ou l'assurance) existe bien. Autrement dit, la banque elle-même a un devoir de contrôle. Souvenez-vous-en, car ce sera important à la fin, quand nous parlerons de la responsabilité éventuelle de la banque.
Ce que couvre exactement la garantie
Beaucoup pensent que la caution ne couvre que l'argent « nu » versé. C'est plus que cela. La garantie s'étend à trois éléments :
- Les sommes que vous avez versées à valoir sur le prix.
- Les impôts que vous avez payés sur ces sommes.
- L'intérêt légal de l'argent sur les sommes versées.
Sur l'intérêt, je veux être honnête et précis, car c'est le point sur lequel on se trompe le plus. La loi ne fixe PAS un pourcentage arrêté : elle parle de l'« interés legal del dinero » (intérêt légal de l'argent), un taux que l'État révise chaque année. Vous verrez souvent citer un taux de 6 %, mais ce chiffre provenait de l'ancienne loi, désormais abrogée. Aujourd'hui, c'est l'intérêt légal en vigueur à chaque moment qui s'applique, généralement calculé à partir de la date de chaque versement effectué. C'est pourquoi le montant exact que vous récupéreriez dépend de la date à laquelle vous avez payé et du taux de chaque année : ce n'est pas un chiffre fixe qu'on peut vous promettre à l'avance.
Ce que vous DEVEZ exiger et vérifier
- Que le document de la caution ou de l'assurance vous soit remis à la signature du contrat, pas « plus tard ».
- Que le contrat précise expressément que le promoteur restituera les sommes versées avec leurs intérêts légaux si le chantier ne démarre pas ou n'est pas livré.
- Que l'établissement de crédit et le compte spécial où doivent aller vos versements soient clairement identifiés.
- Que la garantie couvre l'intégralité de ce que vous allez avancer, et non une part symbolique.
Caution ou assurance : quelles différences, et le délai de 2 ans
Les deux modalités servent le même but — vous restituer l'argent —, mais fonctionnent d'une manière un peu différente.
L'assurance caution (seguro de caución)
Elle est émise par un assureur. La loi exige une police individuelle pour chaque acheteur, couvrant tout ce qui a été avancé, avec les impôts et l'intérêt légal. Vous êtes l'assuré, le promoteur paie la prime. Un point très en votre faveur : l'assureur ne peut vous opposer d'exceptions tirées de sa relation avec le promoteur ; il ne peut même pas se retrancher derrière le fait que le promoteur ne lui a pas payé la prime. Si le sinistre couvert survient, vous réclamez et l'assureur doit vous indemniser dans un délai bref fixé par la loi.
La caution bancaire (aval bancario)
Elle est émise par une banque et doit être solidaire, ce qui signifie que vous pouvez la réclamer directement à la banque sans devoir d'abord poursuivre le promoteur. Elle couvre la totalité des sommes avancées plus l'intérêt légal, et reste valable tant que dure le risque.
Il existe ici un délai qu'il convient de garder très présent à l'esprit : la loi prévoit que la caution s'éteint si deux ans s'écoulent depuis le manquement sans que vous ayez réclamé. En termes simples : si le logement n'est pas livré et que vous ne bougez pas, vous pouvez perdre la couverture de la caution. Ce n'est pas un détail mineur. C'est pourquoi, face à un manquement, on n'attend pas « pour voir » : on réclame formellement, et à temps.
Que se passe-t-il si le chantier prend du retard ou n'est pas livré
Imaginez le pire scénario : la date de livraison arrive et la maison n'est pas prête, ou le chantier n'a même pas démarré. Que pouvez-vous faire ? La loi vous donne une option, et la décision vous appartient :
- Résilier le contrat et récupérer tout ce qui a été versé, avec les impôts et les intérêts légaux. C'est l'issue si vous ne faites plus confiance au projet ou si vous ne voulez plus attendre.
- Accorder un délai supplémentaire au promoteur. Si vous pensez que le chantier va se terminer et que le logement vous intéresse toujours, vous pouvez lui laisser plus de temps plutôt que de renoncer.
Autrement dit, le manquement ne vous oblige à rien automatiquement : il vous place en position de choisir. Et si vous décidez de récupérer votre argent, c'est là qu'entre en jeu la caution ou l'assurance que le promoteur devait avoir constituée. C'est exactement le moment pour lequel existe la garantie.
Une nuance que je constate souvent : il n'est pas nécessaire d'atteindre le désastre total pour qu'il y ait manquement. L'absence même de la garantie, ou l'impossibilité de livrer le logement dans des conditions correctes (par exemple, sans l'habitabilité nécessaire), peuvent déjà constituer des motifs pertinents. Mais cela dépend beaucoup de chaque contrat et de chaque situation, aussi convient-il de faire examiner votre cas concret avant d'agir.
Et si le promoteur n'a rien garanti du tout ? La banque est-elle responsable ?
C'est la question à un million, celle qui génère le plus d'angoisse : « J'ai payé, le promoteur n'a constitué ni caution ni assurance, et maintenant il a disparu. Vais-je tout perdre ? » Pas nécessairement. Et c'est ici qu'on retrouve le devoir de contrôle de la banque évoqué plus haut.
Le Tribunal Supremo, dans son arrêt 492/2024, du 12 avril, a confirmé une doctrine très protectrice : l'établissement de crédit qui accepte des versements des acheteurs sur un compte du promoteur sans avoir exigé le compte spécial et la garantie correspondante peut être tenu responsable envers ces acheteurs. Pourquoi ? Parce que la banque avait un devoir légal de surveillance qu'elle n'a pas respecté. Elle ne répond pas comme si elle était le vendeur, mais en raison de son propre manque de diligence.
Le Tribunal Supremo va même plus loin : ce devoir de contrôle peut également s'étendre à la banque qui escompte des effets (par exemple, des lettres de change) liés au paiement de vos versements. Cela dit, cela comporte des limites importantes que je veux que vous compreniez, pour ne pas vous créer de fausses attentes : la responsabilité se limite aux fonds que la banque a effectivement reçus ou pu contrôler, et à ce qu'elle connaissait ou ne pouvait raisonnablement ignorer. Ce n'est pas une garantie universelle que tout paiement, fait de n'importe quelle façon, soit toujours couvert.
C'est pourquoi, quand quelqu'un me demande « la banque va-t-elle me rembourser ? », ma réponse honnête est : cela dépend de comment et où les paiements ont été effectués, de ce que savait la banque, et des circonstances de votre cas. Il existe une marge réelle de récupération, mais elle n'est pas automatique. C'est exactement le type de situation où il vaut la peine d'analyser calmement la documentation.
Avant de signer quoi que ce soit
Ma checklist pour acheter sur plan en toute lucidité
- Exigez de voir la caution ou l'assurance caution AVANT de verser de l'argent, et vérifiez qu'elle couvre tout ce que vous allez avancer.
- Vérifiez que vos paiements vont bien sur le compte spécial mentionné dans le contrat, et conservez tous les justificatifs de chaque virement.
- Lisez quelle date de livraison est convenue et ce qui se passe en cas de manquement ; assurez-vous que votre droit à récupérer les sommes versées avec intérêts y figure expressément.
- Si le chantier prend du retard ou n'est pas livré, réclamez par écrit et à temps : n'oubliez pas le délai d'extinction de la caution.
- Soyez prudent si vous achetez en tant qu'investisseur et non en tant que consommateur : votre protection pourrait être régie par ce qui a été convenu et non par le régime général. Il convient de le vérifier.
Acheter sur plan peut être une excellente décision — prix, personnalisation, logement neuf —, mais seulement si votre argent est bien protégé dès le premier euro. La différence entre un achat serein et une énorme déconvenue se joue souvent dans les papiers signés au début, pas dans ceux qui arrivent après.
Si vous envisagez d'acheter un logement en construction sur la Costa Blanca, ou si vous avez déjà payé et que quelque chose ne se passe pas comme prévu, écrivez-moi et nous l'examinerons ensemble. Je préfère vous aider à acheter en toute sécurité que de réclamer une fois le problème déjà survenu. D'abord comprendre votre cas, ensuite prévenir, et seulement ensuite agir.
Questions fréquentes
La Ley 57/1968 est-elle toujours en vigueur pour protéger les sommes anticipées ?
Non, pas pour les contrats actuels. La Ley 57/1968 a été abrogée avec effet au 1er janvier 2016 et ne régit plus que les contrats signés avant cette date. Depuis 2016, la norme applicable est la Première Disposition Additionnelle de la Ley 38/1999 sur l'Aménagement de la Construction, dans la rédaction donnée par la Ley 20/2015. La protection est très similaire, mais le texte qui s'applique à votre achat, s'il est postérieur à 2016, est celui de la LOE.
Quel intérêt me sera restitué si je récupère l'argent avancé ?
La garantie couvre ce que vous avez versé, les impôts et l'intérêt légal de l'argent. Cet intérêt légal n'est pas un pourcentage fixe : l'État le révise chaque année, donc il varie. Le fameux taux de 6 % provenait de l'ancienne loi, désormais abrogée. Le montant final dépend de la date de chaque paiement et du taux applicable à chaque période, il convient donc de le calculer pour votre cas concret.
La banque peut-elle être responsable si le promoteur n'a pas garanti mon argent ?
Oui, cela est possible selon la doctrine du Tribunal Supremo confirmée dans l'arrêt 492/2024. L'établissement qui a accepté vos versements sur un compte du promoteur sans exiger le compte spécial et la garantie a manqué à un devoir légal de contrôle et peut être responsable envers vous. Ce n'est pas automatique : cela dépend de comment et où les paiements ont été effectués, et de ce que la banque savait ou aurait dû savoir. C'est pourquoi il vaut la peine d'analyser la documentation de l'opération.
Ai-je la même protection si j'achète en tant qu'investisseur ?
Pas nécessairement. Le régime protecteur est conçu avant tout pour celui qui achète en tant que consommateur. Lorsqu'on achète en tant qu'investisseur, en dehors de cette qualité, la couverture peut être régie par ce qui a été convenu dans le contrat et non par le régime général. Cela dépend de votre situation concrète et convient d'être vérifié avant de signer.
Base légale et sources officielles
- Ley 38/1999 de Ordenación de la Edificación (DA 1.ª: garantía de las cantidades anticipadas)
- Ley 20/2015 (da la redacción vigente a la DA 1.ª de la LOE y derogó la Ley 57/1968)
- STS (Sala 1.ª, Pleno) 492/2024, de 12 de abril, ECLI:ES:TS:2024:1807 (responsabilidad de la entidad de crédito receptora de anticipos)
ON EN PARLE ?
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Je vous réponds personnellement, dans votre langue. La première consultation sert à faire connaissance et à voir comment je peux vous aider.
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Si vous achetez sur plan, je vous accompagne sur toute l'opération : révision du contrat, cautions et compte spécial avant que vous ne versiez le moindre euro.
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